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Histoires de BMW : Série 6 (E24), le nez de requin

En 2026, la BMW Série 6 E24 souffle ses 50 bougies, un modèle grand luxe mais également sportif qui reste iconique avec son nez de requin.

Plus qu’un modèle, la Série 6 E24 devient une icone

En mars 1976, BMW ne lance pas simplement un nouveau modèle : la marque ouvre un chapitre fondateur. La E24 devient rapidement la vitrine de ce que doit être un grand tourisme à l’allemande, une machine capable d’avaler les kilomètres avec la grâce d’un félin et la précision d’un instrument de mesure. Pourtant, son histoire commence par une bataille interne. Après le succès des coupés E9, la direction imagine une évolution prudente : une 3.0 CS rehaussée, plus facile d’accès… mais totalement à contre‑courant de l’élan sportif que BMW cherche alors à incarner.

C’est là qu’intervient Bob Lutz, fraîchement arrivé au conseil d’administration. Visionnaire, il balaie le projet d’un revers de main. BMW, selon lui, doit oser. Sa prise de position ouvre la voie à une silhouette plus audacieuse, celle qui deviendra la E24. Surnommée tour à tour « Sharknose » (nez de requin) pour son museau acéré ou « Bayern‑Express » pour son allure de grand tourisme pressé, le modèle a très vite inspiré l’imaginaire des passionnés.

Hier comme aujourd’hui, elle demeure l’icône absolue de la lignée E24, ce coupé quatre places à moteur avant et propulsion qui a marqué l’histoire de BMW. Produite sans interruption de 1976 à 1989, soit plus de treize années au catalogue, elle reste la série la plus durable jamais proposée par la marque bavaroise. Son élégance sculpturale, presque intemporelle, a sans doute joué un rôle majeur dans cette longévité hors norme, et explique pourquoi la première Série 6 est devenue l’un des trésors les plus convoités des collectionneurs.

Le coup de crayon de Paul Bracq

Le design final porte la signature de Paul Bracq (designer français), transfuge de Mercedes. Il imagine une ligne tendue, nerveuse, dominée par son mythique museau plongeant. Plus longue, plus affirmée, dotée d’un habitacle 2+2, la E24 adopte un montant B — exigence des normes américaines — sans perdre une once de son élégance. La production démarre en octobre 1975 chez Karmann, avant une première apparition publique au salon de Genève en 1976. Les versions 630CS (3.0 carburateur) et 633CSi (3.3 injection) installent immédiatement la Série 6 comme le porte‑étendard de BMW. Mais l’empreinte de Paul Bracq se retrouve aussi dans l’habitacle, où il perfectionne l’idée du tableau de bord orienté vers le conducteur, un principe qui deviendra l’une des signatures les plus fortes de la marque.

Sur treize ans de carrière, 86 216 exemplaires sortent des chaînes. Une durée de vie rare, qui ne doit rien au hasard : BMW avait visé juste dès le premier trait de crayon. Les premières 630 CS/CSi ont été fabriquées à 5 832 unités, suivies par la 628 CSi à 5 951 exemplaires, tandis que la 633 CSi a trouvé 23 365 acquéreurs. La 635 CSi, véritable pilier commercial de la lignée, domine largement avec 45 218 unités produites. Enfin, le sommet de la gamme, la M635CSi/M6, n’a été assemblé qu’à 5 855 exemplaires, renforçant son statut de pièce rare.

En 1982, la E24 adopte la plateforme de la Série 5 E28, modernisant sa suspension, ses freins et son électronique. Les pare‑chocs évoluent, l’intérieur gagne en raffinement, mais la ligne reste intacte — preuve qu’elle n’avait pas besoin d’être retouchée. Sous le capot, la quasi‑totalité des versions embarquent le mythique six‑cylindres en ligne M30, produit de 1968 à 1994, un monument de douceur et de fiabilité.

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