Au printemps 2026, la cultissime BMW Série 6 E24 a soufflé ses cinquante bougies, l’occasion pour elle de s’exposer au Musée BMW de Munich.
Le « requin Bavarois » prend possession du Musée BMW
En bref :
- Une longévité sans pareille : Produite pendant plus de 13 ans à plus de 86 000 exemplaires, la Série 6 E24 détient le record de longévité pour une gamme BMW.
- Le chef-d’œuvre de Paul Bracq : Avec sa face avant plongeante et son regard agressif, ce coupé s’est rapidement attiré le tendre surnom de « Nez de requin ».
- Une reine des circuits : Transformée en arme absolue pour le Groupe A, la 635CSi a régné en maître sur le Championnat d’Europe des voitures de tourisme au milieu des années 80.
A l’occasion des 50 ans de la Série 6 (E24), nous avions consacré notre épisode « Histoires de BMW » a celle qui introduisit le célèbre « sharknose » ou « nez de requin » ! Un design qui marqua les esprits, mais le grand coupé eut une carrière sur route, comme sur circuit, qui en fait l’une des icones de la firme bavaroise dont on aime se replonger dans sa riche histoire. Alors, quand une exposition baptisée « Série 6 E24 – 50 Years a Moviestar » lui est dédiée au Musée BMW, nous avons pris rendez-vous.
C’est au printemps 1976 que le constructeur à l’hélice jette un véritable pavé dans la mare automobile en dévoilant un nouveau grand coupé : la toute première BMW Série 6. Affublée du code de développement E24, cette routière au long cours s’est très vite attiré des surnoms affectueux et évocateurs de la part des passionnés, allant de « Sharknose » (Nez de requin) à « Bavaria Express », en passant par le fameux « Lion Bavarois ».
Comme le souligne la rétrospective anniversaire, cette icône de la marque a repoussé les limites du grand tourisme en mariant avec brio élégance, sportivité et de redoutables aptitudes pour avaler les kilomètres. Basée sur la plateforme technique de la Série 5 contemporaine, cette nouvelle venue regorgeait d’innovations avant-gardistes pour l’époque. Le conducteur était choyé par un cockpit entièrement orienté vers lui, des sièges et un volant réglables en hauteur, sans oublier l’intégration du tout nouveau système Check-Control. Preuve de son immense succès, la Série 6 E24 connaîtra une carrière exceptionnellement longue de 13 ans, s’achevant au printemps 1989. Avec un total de 86 216 exemplaires produits, elle reste la gamme de modèles à la production la plus longue de toute l’histoire de l’entreprise munichoise.



Le coup de crayon magistral de Paul Bracq
Si ce modèle traverse les époques sans prendre une ride, c’est grâce au talent visionnaire de Paul Bracq, designer en chef de BMW à cette époque. Et la griffe unique du Français a su fusionner des lignes claires et épurées à des accents stylistiques d’une redoutable précision. Sa proue caractéristique, plongeant presque jusqu’au bitume avec sa calandre à double haricot parfaitement intégrée, lui donne ce fameux profil de prédateur des routes. De profil, le coupé dégage un dynamisme incomparable grâce à une ligne de crête ininterrompue filant des ailes avant jusqu’à la poupe. La ceinture de caisse, volontairement abaissée, laisse généreusement entrer la lumière par de vastes surfaces vitrées. Aux yeux des esthètes, ce clin d’œil assumé à sa légendaire devancière, la BMW 3.0 CSL, ce qui aboutit à une symbiose entre sportivité démonstrative et élégance classique qui demeure, aujourd’hui encore, inégalée.



La 635CSi, de BCBG à reine des pites
Si la Série 6 E24 était parfaite pour illuminer les boulevards chics, c’était oublier que l’ADN de la compétition de BMW pouvait surgir à tout moment. Et ce sera le cas avec l’incroyable épopée de la BMW 635CSi en compétition, plus précisément au sein du très disputé Groupe A. En 1983, la marque engage son coupé dérivé de la série sur les circuits avec un objectif sans équivoque : défendre le titre acquis au Championnat d’Europe l’année précédente.
Pour métamorphoser ce luxueux coupé en véritable bête de course, l’armada bavaroise fait appel à ses meilleurs soldats. Le préparateur ALPINA se charge de gonfler la cavalerie du moteur, tandis que la société Karmann (qui assemblait les premières carrosseries de la E24) renforce et rigidifie le châssis. BMW Motorsport parachève l’œuvre en adaptant la transmission, le système de freinage et les suspensions aux exigences extrêmes de la compétition. Les efforts conjugués paient au centuple : la féroce 635CSi écrase la concurrence et s’adjuge le très convoité Championnat d’Europe des voitures de tourisme en 1984 et 1986, ainsi que le titre dans le tout nouveau Championnat d’Allemagne des voitures de production de 1984 (l’ancêtre du célèbre championnat DTM).
Cet ADN sportif ruissellera ensuite sur la route ouverte avec l’incontournable M635CSi (badgée M6 sur les marchés nord-américain et japonais). Ce summum d’ingénierie héritait directement du légendaire moteur M88 à 24 soupapes de la supercar M1. Un six cylindres en ligne crachant 286 chevaux, capable d’expédier cette majestueuse GT à des vitesses dépassant les 250 km/h dans une sonorité rocailleuse à souhait
Une âme de starlette du Grand Écran
Si le grand coupé Série 6 E24 est apprécié des béhèmistes de la première heure, elle sait aussi faire les yeux doux aux projecteurs d’Hollywood et autres productions à l’international. Loin d’être un véhicule banal, les réalisateurs ont fait appel à elle dès lors qu’il fallait une automobile capable de refléter la personnalité profonde et atypique de son conducteur. Aux antipodes des voitures d’action stéréotypées ou des luxueux salons roulants de production de masse, la E24 apportait cette touche de charisme si prisée du Septième Art. Elle n’était pas qu’une simple figurante, mais un véritable « trait de caractère » sur roues pour habiller les protagonistes authentiques. Cinquante ans plus tard, la prestance de cette « reine du cinéma » crève toujours autant l’écran, figeant le mythe de la Série 6 E24 pour l’éternité.








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