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BMW ART MAKERS :  rencontre avec les lauréats 2022

BMW ART MAKERS / BMW poursuit son mécénat et pour 2022, se sont un artiste et son curateur qui sont mis en avant.  En avant première, nous avons découvert leur atelier et leur travail dans le nouveau site de POUSH à Aubervilliers. Leur oeuvre va vous interpeller !

« Hantologie Suburbaine »

L’artiste Arash Hanaei et le curateur Morad Montazami sont les lauréats du BMW ART MAKERS, nouveau programme de mécénat de BMW dédié aux arts visuels et à l’image contemporaine. Ils ont présenté leur oeuvre, « Hantologie Suburbaine », qui sera exposée cet été au Cloître Saint-Trophime dans le cadre des Rencontres d’Arles, puis à Paris Photo en novembre. Deux grands évènements dont BMW est partenaire.

« Hantologie Suburbaine » souhaite repenser notre rapport aux architectures utopiques des années 60-70 et l’écosystème urbain des banlieues qui les accueillent. Il évoque la culture numérique traversée par les fantômes architecturaux dont l’idéal sociopolitique reste à l’état de rêve, mais persiste de par sa matérialité. L’accent est mis sur deux mondes parallèles : la banlieue en périphérie urbaine et le monde virtuel créé par le big data.


Morad Montazam et Arash Hanaei / ©Damien Guillaume

Tout commence par une rencontre

Morad Montazami et Arash Hanaei se sont rencontrés en 2014, dans le cadre d’une exposition collective des artistes Iraniens sur l’histoire de la modernité en Iran « Unlimited history » au musée d’Art Moderne de Paris. Morad explique que « Arash était un des artistes contemporains présent. Nous avons commencé à échanger et à lier une amitié. J’ai écrit des textes sur ses oeuvre mais nous n’avions jamais produit un travail ensemble. C’est la première fois que nous conceptualisons et produisons une oeuvre ambitieuse, polymorphe et multimédia. »

Le rôle du curateur est d’accompagner l’artiste dans toutes les étapes de son travail, de le conceptualiser, d’organiser les tenants et les aboutissants théoriques, de coordonner des concepts très pratiques et pragmatiques pour mettre en forme l’œuvre à travers ses différents supports.

« Comment vous est venu l’idée de cette oeuvre ? »

A cette question, Morad répond que   « Arash a vécu en Iran jusqu’en 2014.  De 2014 à 2018, il était entre l’Iran et la France. C’est seulement depuis quelques années qu’il est vraiment installé en France.  Il est un artiste issus de l’immigration avec une conditions relativement précaire pour dire les choses sans détour.  Il s’est donc retrouvé à vivre en banlieue, à Ivry. Toute la banlieue aux alentours est devenu son paysage quotidien alors que, quand il était en Iran, il vivait au centre-ville.  Il avait une autre situation et il n’est pas toujours simple pour les artistes étrangers à Paris d’avoir tous les moyens pour vivre dans de bonnes conditions de travail. La banlieue, telle qu’il la voit, est composé de beaucoup de bâtiments avec des architecture disparates, des préfabriqués voire des territoires en friche dont certains s’approchent de la science-fiction. C’est cette vision des choses qu’il fait entrer dans son travail au point d’en faire un Playground virtuel. A partir de là, il a pu transposer ce regard dans le métavers et voir comment tout cela pourrait en faire partie demain. « 

« Etes-vous effrayé par le métavers ? »


Arash Hanaei / ©Damien Guillaume

Quand on demande à Arash Hanaei s’il est effrayé par le métavers, il répond que « c’est une bonne question. Pour moi c’est comme un sentiment de mélancolie. Lorsque l’on regarde des bâtiments des banlieues des des années 60/70, c’est un incroyable exemple de bâtiment historiques, de social housing project et on pourrait les retrouver dans le metavers. Tous les deux sont des lieux complexes qui ont été créés avec la volonté de faire quelque chose pour travailler mais aussi vivre dans le même lieux. Je me dis « oh ils veulent faire quelque chose comme ça » et cela m’inquiète. L’alliance du pouvoir et de la technologie c’est évidemment effrayant. Mais on se demande toujours « jusqu’où s’étend ma connaissance ?” et c’est ce qui est effrayant, la partie que l’on ne connaît pas, que l’on ne comprend pas, c’est ce qui fait peur. Est-ce que le métaverse et ce genre d’idées peuvent améliorer ces situations ? je ne sais pas. Quand on me demande quel est le message dans mon travail, je réponds toujours que je pose des questions.« 

« Mark Fisher, mauvaise conscience de Mark Zuckerberg ? »

Morad Montazam / ©Damien Guillaume

Morad et Arash ont souhaité instaurer une sorte de débat critique du métavers mais sans utiliser les outils de ce dernier comme le casque de réalité virtuelle. Ainsi, ils ont recours à d’autres dispositifs basés sur des images virtuelles, des images en 3D, des hologramme etc. « Il ne s’agit pas de se plonger dans les métavers mais d’avoir une certaine réflexion ou vision du métavers » explique Morad qui précise «  nous sommes à l’entrée du métaverse et nous l’observons. »

C’est un concept emprunté à Mark Fisher, philosophe britannique qui a développé toute une réflexion sur le capitalisme immatériel et la civilisation des écrans, c’est-à-dire sur le passage d’un monde analogique à un monde qui est devenu totalement numérique. Voilà une façon de le mettre en confrontation avec Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook, qui a annoncé investir 10 milliards de dollars pour créer un métavers…  « Mark Fisher aura peut-être le rôle de jouer la mauvaise conscience de Mark Zuckerberg. C’est ce que nous verrons dans la partie d’échecs qui sera produite en hologramme à l’échelle humaine » précise Morad Montazami. Rendez-vous est pris à Arles pour découvrir leur travail !

Texte : Philippe HORTAIL
Crédit photos : Damien Guillaume et BMW Presse

Biographie des lauréats.

Arash Hanaei

Né en 1978 à Téhéran, Iran. Vit et travaille à Paris, France.
Arash Hanaei a grandi et étudié à Téhéran. Il combine dans sa pratique plusieurs médiums et techniques.
Son travail s’est progressivement déplacé des pratiques documentaires vers les spéculations inter-médias et les stratégies post-internet.

Morad Montazami

Né en 1981 à Paris, France. Vit et travaille à Paris, France.
Morad Montazami est historien de l’art, éditeur et commissaire d’exposition.
Il a été en charge des projets « Moyen-Orient et Afrique du nord » à la Tate Modern à Londres, entre 2014 et 2019, et développe depuis la plateforme éditoriale et curatoriale Zamân Books & Curating, qui étudie et valorise les  modernités arabes, africaines et asiatiques.